Une scie sous un plafond de 1934
Philippe Dubois a repris en mars 2011 les murs d'une sellerie fermée depuis deux ans, entre la rue Lenepveu et le boulevard du Roi René. Le bail courait sur neuf ans, le plafond culminait à 3,40 m, et une scie à ruban de 1958 dormait sous une bâche. Il l'a remise en marche en onze jours.
La première commande fut une bibliothèque en chêne pour un libraire de la rue Chaperonnière, livrée en juin 2011, puis un cadre à six pans pour une aquarelle rapportée de la Baule, deux pièces qui ont fixé la règle de l'atelier : travailler en meubles libres, jamais posés dans le bâti, jamais vissés à un mur porteur, jamais mêlés à la maçonnerie d'un immeuble, une règle que personne ici n'a songé à assouplir depuis. Sébastien Michel a rejoint l'atelier en septembre 2013, après huit ans dans une menuiserie de Trélazé. Claire Lefebvre est arrivée en janvier 2016 pour tenir les devis et le planning. Trois personnes. Et un établi chacun.
L'atelier a d'abord servi de débarras pendant dix-huit mois, le temps d'empiler des chutes qu'on n'osait pas jeter, de déplacer trois fois la même étagère et de comprendre enfin que le tri valait mieux qu'un grand raclage de printemps.
Ce que l'atelier refuse
Certains travaux, Philippe Dubois les refuse sans discuter. Aucun véhicule, aucune carrosserie, aucun aménagement de fourgon : le bois d'un utilitaire n'est pas celui d'un meuble, et le délai d'un garage n'est pas le nôtre.
Aucun câblage relié au réseau, aucun tableau électrique, aucun dépannage de froid. Rien qui touche à la structure d'un immeuble : ni plancher porteur, ni cloison maçonnée, ni charpente.
Pas de pose sur chantier. L'atelier livre, l'atelier ne s'installe pas chez le client. C'est une contrainte de place, d'outillage et d'assurance, et elle n'a pas bougé depuis 2011.
Aucun pesticide, aucun biocide, aucun traitement de charpente par injection. Un meuble qui sort d'ici a été poncé, collé, chevillé, parfois teinté, jamais pulvérisé.
Famoyevuumholdingsltd n'annonce ni certification, ni agrément, ni adhésion à un ordre professionnel, parce qu'il n'en détient aucun, et l'atelier ne délivre ni conseil médical, ni conseil juridique, ni conseil financier ou pédagogique, autant de demandes qui repartent le jour même avec un nom de confrère à qui les adresser.
Le quartier, les clients, les habitudes
La clientèle vient d'un rayon de trois kilomètres. Un restaurateur de la place du Pilori a commandé en 2019 huit porte-bouteilles en frêne, livrés en deux fois. Un professeur du lycée Joachim-du-Bellay a fait refaire la table de sa grand-mère, un plateau d'acajou fendu sur quatorze centimètres : collage, chevilles, trois semaines d'attente.
Les devis sortent en général sous cinq jours ouvrés. Claire Lefebvre chiffre au mètre linéaire pour les étagères, à la pièce pour les caisses et les cadres, à l'heure pour la restauration, et elle écrit le prix du bois séparément du prix du temps. Les essences courantes viennent d'une scierie de La Membrolle-sur-Longuenée ; le noyer, plus rare, d'un lot de récupération acheté en 2022 à un ébéniste retraité de Saint-Barthélemy-d'Anjou. On travaille le chêne, le frêne, le noyer, le hêtre, parfois le châtaignier brûlé, et les finitions restent à l'huile dure ou au vernis au tampon, jamais en laque épaisse.
L'atelier ouvre du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, et le vendredi de 8h30 à 15h00. Le week-end, rideau baissé. Les visites se prennent au 02 43 79 91 92, ou par courriel à [email protected]. Le site, famoyevuumholdingsltd.click, porte les mêmes horaires.
Un meuble commandé en janvier ne sort pas en février. Le séchage du bois prend le temps qu'il prend, et un plateau à 12 % d'humidité qui travaille en avril n'a rien à voir avec un plateau pressé.
Le bois ancien, et ce qu'il raconte
La restauration occupe environ la moitié des heures. On reçoit des buffets de famille, des commodes du XIXe, des chaises de bistrot, des volets intérieurs, des malles de voyage, et chaque pièce est photographiée à l'arrivée, décrite, puis laissée deux jours à l'atelier avant toute décision.
Sébastien Michel refuse de masquer une réparation. Une fente recollée reste visible ; une greffe de bois se voit à la teinte si on l'éclaire de biais.
À l'inverse, il refuse de refaire une dorure entière pour trois éclats, une pratique qui transforme un meuble honnête en objet neuf. Il explique, chiffre, et laisse le client choisir.
Le bois ancien a ses saisons. En mars, un meuble qui a passé l'hiver près d'une fenêtre gonfle ; en août, il se rétracte et les assemblages claquent la nuit. On livre donc rarement entre la mi-juillet et la fin août, sauf urgence familiale.
Trois cents pièces environ sont passées par l'atelier depuis 2011. Quelques-unes sont revenues, dix ans après, pour un simple resserrage de chevilles. C'est la seule statistique dont Philippe Dubois parle volontiers.
Le carnet de notes
Le site tient aussi un carnet sur les affaires d'Angers : patrimoine, restauration, fêtes, archives, débats publics. On y a écrit sur les portes du quartier de la Doutre, sur les toiles du musée des Beaux-Arts, sur la ligne A du tramway et sur les façades à pans de bois de la rue Beaurepaire, quatre sujets qui ont chacun occupé plusieurs soirées de recherche aux archives municipales, entre deux séances de ponçage et une tournée de livraisons.
Le carnet ne vend rien.
Il raconte ce qui se répare, ce qui disparaît, ce qui se discute en réunion publique un mardi soir. C'est un voisinage, pas un argumentaire.
Une adresse, trois personnes
Il n'y a qu'un atelier, au 41 place du Commerce, 49000 Angers, sans annexe, sans seconde équipe, sans dépôt en banlieue. Famoyevuumholdingsltd SAS travaille ici depuis 2011, avec le même plafond haut, la même scie de 1958 et une règle simple : fabriquer des pièces libres, restaurer ce qui peut l'être, et dire non à tout le reste.