Un meuble condamné par trois devis
Trois menuisiers avaient refusé le chantier avant nous. Le premier, installé rue Bressigny, avait parlé d'un bois mort jusqu'au cœur. Le deuxième, du côté de la Doutre, proposait un remplacement complet. Le troisième n'a jamais répondu. Le buffet, un chêne du début du dix-neuvième siècle, était relégué dans la sacristie depuis l'hiver 2019, après une infiltration venue du mur nord, côté rue des Lices.
Marie-Ange Riffault, sacristine depuis 2007, a sorti les photos prises en février 2020. On y voit un piétement fendu sur quinze centimètres, une porte basse désolidarisée, et une moisissure blanche qui courait sur le panneau arrière. « On m'avait dit de le brûler », explique-t-elle sans détour.
Quarante-huit heures pour décider
Sébastien Michel, qui suit les travaux à l'atelier, a passé une matinée entière à sonder le bâti avec une lame fine. Son verdict est tombé le 14 avril : le cœur du chêne tenait. Deux pieds sur quatre étaient sains, et le reste pouvait être consolidé par greffes plutôt que remplacé. Le devis signé le 16 avril portait sur 2 340 euros, démontage et transport compris.
Ce chiffre a surpris. Il était inférieur de près de moitié à ce que la paroisse avait provisionné en 2023. Il faut dire que la méthode change tout : nous n'avons pas refait le meuble, nous avons arrêté sa dégradation et rendu lisibles les parties anciennes.
Le transport depuis la chapelle jusqu'à la place du Commerce a pris une matinée, à deux, avec un plateau et des sangles.
Ce que l'atelier a réellement fait
Le panneau arrière a été retiré, nettoyé à sec, puis remis en place sur tasseaux neufs en peuplier. Sèche, la moisissure se détache sans produit : nous n'employons ni pesticide ni biocide, et nous ne le ferons pas sur un meuble liturgique. Les deux pieds atteints ont reçu des greffes en chêne de récupération, prélevées sur un ancien banc de la même chapelle, ce qui assure une teinte et un grain cohérents.
Philippe Dubois, qui tient le stock, a retrouvé dans nos réserves six boutons de tiroir en laiton datant des années 1830. Quatre seulement portaient le même filetage. Les deux autres ont été refaits à la main, au tour, par un ajustage de trois dixièmes de millimètre. Claire Lefebvre, au devis, a révisé l'estimation une seule fois, en mai, de 90 euros, pour cause de quincaillerie supplémentaire.
Les portes ont été déposées, leurs tenons resserrés, et les charnières remplacées par des modèles forgés dont les trous d'origine ont été rebouchés à la cheville de bois.
Le retour dans la nef
Le 12 août au matin, le buffet est remonté sur son socle, à gauche du chœur. La cérémonie du 15 août a suivi. Ce qui change pour les habitants n'est pas spectaculaire : un meuble de plus dans une chapelle de quartier. Mais la chapelle Saint-Léonard sert de lieu de répétition à deux chorales, et la sacristie, libérée, redevient une pièce utilisable pour les répétitions du jeudi.
La paroisse a aussi récupéré les trois cent soixante kilos de chêne restants, stockés depuis 2019 sous une bâche. Une partie servira à la réparation des stalles, prévue pour l'automne 2027.
Ce qui se passe ensuite
Deux autres paroisses du secteur ont appelé l'atelier en août, après avoir vu le buffet. L'une est à Trélazé, l'autre à Avrillé. Aucune n'a encore signé. Nous travaillons sur rendez-vous pour les visites, du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 et le vendredi jusqu'à 15h00, fermé le week-end.
Il reste une incertitude, et elle est honnête : le mur nord de la chapelle n'a pas été traité. Si l'humidité revient, le panneau arrière souffrira de nouveau. Cela ne relève pas de notre métier, et nous l'avons écrit noir sur blanc dans le compte rendu remis à la paroisse en juin.
Rien de tout cela ne constitue une garantie de résultat sur un autre meuble. Chaque pièce est examinée séparément, et certaines sont effectivement irrécupérables.