Ce qui s'est passé rue Bressigny
Il était 21 h 47 quand les premiers appels sont arrivés au centre de secours d'Angers. Une odeur de vernis brûlé remontait depuis un atelier de menuiserie situé au 18 de la rue Bressigny, entre la place Sainte-Croix et la rue Chaperonnière. Les pompiers ont déployé quatre engins et une échelle. Il a fallu trente-huit minutes pour contenir le feu, une heure et vingt pour l'éteindre complètement.
Le bâtiment abritait un atelier, un logement et deux remises. Aucun blessé n'est à déplorer. Le logement du premier étage est resté habitable après nettoyage. En revanche, tout l'outillage de l'atelier — deux raboteuses, une scie à format et les établis — a été perdu.
Les causes exactes n'ont pas été établies. Un cumulus vétuste est évoqué dans le rapport préliminaire, sans conclusion définitive.
La rue a changé de rythme
Avant, la rue Bressigny vivait au rythme de trois commerces et d'un cabinet dentaire. Aujourd'hui, la boulangerie reste ouverte, le fleuriste a rouvert le 15 septembre, mais deux rideaux demeurent baissés. Les clients du cabinet dentaire ont été redirigés vers la rue de la Roe. C'est provisoire.
Christelle Rouault, qui tient le PMU du numéro 21, raconte qu'elle a perdu environ 40 % de son chiffre pendant dix jours. Elle a rouvert sa salle le 18 septembre. « Le plus dur, dit-elle, c'est l'odeur. On l'a sentie pendant une semaine. »
Les riverains parlent surtout de bruit. Les pompes ont tourné jour et nuit du 13 au 15 septembre pour évacuer l'eau des sous-sols. Trois habitants du numéro 22 ont dû quitter leur logement quinze jours.
La solidarité s'est organisée vite
Dès le lendemain, l'association des commerçants du quartier a ouvert un registre de dons. Soixante-quatorze personnes y ont participé. Les dons ne couvrent pas la perte totale, mais ils ont payé le remplacement des établis, soit environ 4 200 euros.
Le menuisier Philippe Dubois, dont l'atelier occupait le rez-de-chaussée, a reçu le soutien de plusieurs confrères. « On m'a prêté une scie sur table et deux servantes », dit-il. Sébastien Michel, qui travaille à la restauration de meubles, a proposé son atelier de la rue Saint-Laud pour les commandes urgentes.
Ce qui va changer durablement
Depuis le 20 septembre, la commission hygiène et sécurité du quartier a proposé trois modifications. La première concerne le stockage des solvants : plus de bidons de plus de cinq litres dans les locaux sans ventilation permanente. La deuxième oblige à poser des détecteurs de fumée dans les parties communes des immeubles de plus de trois étages. La troisième, encore discutée, porterait sur l'installation électrique des ateliers de moins de 50 mètres carrés.
Claire Lefebvre, qui établit les devis à la menuiserie, souligne un point concret. « Nous ne travaillons pas sur les réseaux, dit-elle. Notre métier s'arrête au bois, aux panneaux et aux finitions. » Son rôle l'amène à expliquer aux clients ce qui relève d'un électricien, d'un plombier ou d'un autre corps de métier.
Les riverains attendent surtout la réouverture complète. La boulangerie a retrouvé son horaire normal, 6 h 30 - 20 h. Le petit marché du jeudi matin se tient toujours sur la place Sainte-Croix. Rien ne garantit que les deux rideaux baissés se relèvent avant l'hiver.